Alerte Arnaque

Demain, samedi 21 novembre 2015 (ndlr: aujourd'hui), l’Amicale des anciens enfants de troupe, va inaugurer son siège à Mermoz. Les enfants de troupe, c’est l’appellation qui est généralement faite des élèves du Prytanée militaire de Saint-Louis et d’ailleurs (Bingerville en Côte d’Ivoire, Kati au Mali, Kadiogo au Burkina Faso ect).

Occasion m’est donnée de rendre hommage à cette école qui m’a Oh tellement façonné. Enfant, rien ne me prédisposait à fréquenter cette école d’excellence. Elève chétif et moyen d’une école publique de la banlieue dakaroise, j’ai eu la chance d’être admis au concours rigoureusement sélectif de cette école d’excellence. Un concours où seuls 50 garçons sont admis sur un nombre de postulants avoisinant 5000 (je donne ce chiffre au pif). Je ne sais pas par quel artifice je suis passé pour réussir ce concours. Ce d’autant plus que j’ai faussé le problème de calcul qui nous avait été soumis. Peut-être, que je me suis rattrapé dans les matières littéraires (Dictée Question). Ou peut-être j’ai eu seulement la baraka. Inutile de me turlupiner l’esprit avec ces détails. L’essentiel étant que je sois classé 36e à ce concours. En queue de peloton, certes. Mais admis quand même.

Ainsi s’ouvrèrent à moi les portes du mythique Prytanée militaire. École qui a fait rêver tant d’élèves dans les années 90 grâce aux prouesses de son équipe de Génie en Herbe. Imaginez donc mon étonnement quand un matin de septembre 1995, mon père m’apprend que je suis admis au concours d’entrée de cette école. L’État-major des armées avait appelé à la maison pour nous annoncer la nouvelle. J’avais ainsi moins d’une semaine pour me préparer à aller à Saint-Louis.

Le jour de mon départ, j’ai pleuré toutes les larmes de mon corps quand assis à l’intérieur d’un camion cargo militaire j’apercevais de dehors ma mère me faire un signe d’au revoir. J’imagine aussi qu’elle avait une boule à la gorge à l’idée de voir son « bébé » partir vers l’inconnu avec la soldatesque. Du camp militaire Dial Diop, le camion cargo nous transporta jusqu’à la gare ferroviaire de Dakar où un train spécial nous attendait pour nous convoyer à Saint-Louis.

Passé ce moment d’émotion, je me suis vite fait des amis. Je dis des amis avec grand A. Des amis qui sont comme des frères. Mes sept années passées au Prytanée militaire me marqueront à jamais. Comment oublier cette formation militaire que j’ai reçue. Formation qui m’a permis de mieux comprendre le rôle oh combien essentiel de l’armée pour la sécurité nationale. Comment oublier l’enseignement de qualité dont j’ai disposé là-bas ? Des professeurs dévoués corps et âmes pour la réussite de leurs élèves. Je dois beaucoup à Feu Charles Camara. Mon prof de français de la 6e à la 4e. Un homme de grande culture. Un prof qui se donnait à fond pour susciter l’esprit de curiosité de ses élèves. Un prof, qui dès notre 6e (en 1995) nous parlait de révolution du numérique, nous parlait de l’éventualité de vie extraterrestre (à l’époque, la science n’avait pas encore détecté des exo-planètes habitables ; de même, la Nasa n’avait pas encore découvert des traces d’eau sur la planète Mars). Charles Camara nous racontait les mystères du triangle de Bermudes. Il nous expliquait que l’homme n’utilise qu’une infime partie des capacités de son cerveau. Après chacun des cours de M. Camara je me retrouvais un peu plus curieux et instruit. Je dois beaucoup à cet homme. Que Dieu l’accueille dans son paradis céleste.

Pour en revenir au Prytanée militaire. Voilà une école qui ne fait aucune différence entre fils de ministre et fils de paysans. De notre promotion, même si la majorité est issue du privé catholique, il y avait aussi une bonne part d’éléments de l’école publique comme moi. Pendant sept années, j’ai pu étudier correctement grâce à cette école. Logé, nourri, vêtus (on avait même droit à des pyjamas). Cerise sur le gâteau, j’avais droit à une petite bourse mensuelle de 7000 francs à l’époque. Assez pour m’acheter du savon, de la pâte dentifrice et des sandales. Le reste de l’argent était dépensé dans les friandises et autres.

Pour tous les avantages dont j’ai eu droit quand j’étais au Prytanée militaire, je remercie du fond du cœur le contribuable sénégalais. Je ne pourrai jamais oublier l’investissement que le Sénégal a fait dans mon éducation. Voilà une école qui devrait exister pas seulement à Saint-Louis mais dans quelques autres villes du Sénégal. J’aimerai tellement que mes enfants et petit enfants puissent partager l’expérience que j’ai vécue dans cette école.

Ce post est écrit dans un contexte tragique avec l’attaque terroriste sur Bamako. Je compatis à la douleur de nos frères maliens. J’avais pensé décaler la publication. Mais ce serait trop faire honneur aux terroristes qui veulent semer la peur dans nos têtes. Ils peuvent faire mille attentats, mais ils ne pourront jamais modifier notre manière de vivre. La vie continue. Et tant qu’il y a vie il y a espoir.

Par l'AET Farba Alassane SY: Le Lamane de Ndioum